FRANCE MASTERS à Lanuejols
Je fais 3ième et prend la médaille de Bronze. Le picard André FOSSE l’emporte (prononcez Fossé).
Je savais où j’allais et dans quelles conditions j’y allais. Je suis parti avec un petit déficit de préparation, en particulier, avec seulement 4 courses dans les jambes, ce qui est nettement insuffisant. De plus, j’étais handicapé par une mauvaise bronchite survenue 3 jours auparavant et mes proches étaient étonnés que dans cet état je puisse prendre le départ (la veille j’avais une extinction de voix presque totale… !)
Et pourtant le matin du départ je ne ressentais pas de faiblesse particulière.
Je croise André FOSSE aux dossards et on se salue furtivement (ni lui ni moi n’avons envie d’engager une conversation. On se connaît, mais peu. En fait je crois que l’on ne s’est plus physiquement rencontrés depuis près de 30 ans !)*
Avant le départ je ne me sentais donc pas trop mal, mais dès la première accélération violente, je vis que je n’avais pas la force habituelle.
Dès le départ, le drômois José DEL CASTILLO (mon 2ième de l’an dernier) attaque et part avec un autre coureur. Personne bouge et moi, bloqué à l’arrière du groupe, sur une petite route étroite, je ne peux que le constater.
Dès qu’il y a ouverture, alors qu’on ne voit déjà plus les échappés, je gicle pour essayer de rejoindre, je m’isole rapidement <st1:metricconverter productid="100 m" w:st="on">100 m</st1:metricconverter> devant et j’engage la poursuite en espérant le retour de quelques éléments forts pour m’épauler. En fait, c’est l’ensemble du paquet qui revient peu après, et l’allure retombe dangereusement. Un peu après, dans le « coup de cul » suivant, André FOSSE fait une violente accélération qui projette un quinzaine d’éléments à l’avant (j’y étais) et l’allure devint plus vive. Mais avant la fin du premier tour, tout se regroupe à nouveau, et les 2 échappés sont loin devant. A ce moment là, connaissant les qualités de rouleur de DEL CASTILLO, (3ième au mondial du CLM) je me dis qu’il est probable qu’on ne le reverra plus.
A la fin du premier tour, dans le mur de l’arrivée que j’attaque en tête, je monte à fond pour provoquer la sélection, et de fait on se retrouve 4 à l’avant avec 4 autres un peu derrière, qui nous rejoignent peu après. On se retrouve donc 8 en chasse, à très vive allure, derrière les 2 échappés. Mais on nous a annoncé sur la ligne un déficit de 2’30 , et je ne pense pas, à ce moment là, qu’on puisse revenir.
A partir de là, ce fut la confusion. Je l’appris après la course : DEL CASTILLO devait être victime d’un problème mécanique (blocage de la roue avant défaillant) qui le contraint à l’abandon, et son compagnon d’échappée privé de sa « moto » fut rapidement rattrapé. (j’ai vu effectivement qu’on doublait un concurrent, mais j’étais loin d’imaginer qui il était et ce qui s’était passé)
Donc à partir de là, on était 8 en tête pour la victoire, et je l’ignorais donc. (pas d’ardoisier)
Peu après, on aborde la dernière difficulté, à 20 kms de l’arrivée, celle où j’avais prévu de porter une attaque en reconnaissant le parcours dans la semaine ! Mais dans mon état, lorsqu’on l’aborda, j’espérai simplement être toujours dans le coup au sommet.
De fait, alors que j’étais en tête, presque à fond, pour donner le change, en espérant faire suffisamment mal au jambes aux autres pour leur ôter l’envie d’attaquer, André FOSSE porta de l’arrière, une violente attaque, avec un braquet énorme (53x15 ou 16 !) à laquelle je ne pu répondre. Il bascula au sommet avec une quinzaine de secondes, et seul en chasse derrière lui, je commis l’erreur (banale et courante) de me relever pour attendre les 4 coureurs qui se trouvaient à une cinquantaine de mètres de moi, en pensant qu’il serait plus facile de revenir à 5 en se relayant que seul. Bien contents d’être revenus à ma hauteur, à celle de ma roue arrière plutôt, ils n’en bougèrent plus et je dû relancer seul la chasse, en essayant sans trop de succès de les faire passer et on me signala à ce moment là un écart de 35 secondes !!? Sur qui ?
Pris de doute, j’appelle la voiture des commissaires, lesquels me signalent qu’il n’y a qu’un seul homme à l’avant, FOSSE, qui m’a échappé dans la dernière bosse. Aussitôt je débouche de l’arrière pour tenter seul un retour, mais FOSSE n’est pas le premier venu et je ne suis pas aussi fort qu’il le faudrait. L’écart diminue un peu, mais les 4 crampons de derrière, à <st1:metricconverter productid="100 m" w:st="on">100 m</st1:metricconverter> de moi, se relaient maintenant à fond pour revenir dans ma roue, ce qu’ils parviennent à faire au bout de plusieurs kms. Et là rideau, c’est fini, plus personne ne prend de relais et on termine les 7 ou 8 derniers kms à 30 à l’heure. Désabusé, je me dis qu’à l’entrée de la ville, je mettrai le clignotant pour aller direct à la voiture, puis, pensant à ma femme et à mon fils qui m’attendent sur la ligne avec l’appareil photo, je me décide mollement à disputer le podium. Je monte à fond le mur de l’arrivée et je me fait sauter sur la ligne par celui qui avait le moins roulé dans le contre ! (il s’en est excusé sur le podium, mais peu importe, à choisir je préfère faire 3ième que 2ième, ça fait moins vaincu !)
EPILOGUE
- Vraiment dommage pour DEL CASTILLO, un homme chaleureux et un coureur valeureux qui avait bien joué en tentant ce qu’il a fait : attaquer à fond au départ. A mon avis il aurait réussi sans son stupide incident mécanique.
- André FOSSE est un beau vainqueur, pas n’importe lequel. La classe, celle qui se voit de suite, même à l’arrêt. Et alors quand il embraye … ! Il a annoncé à la remise des prix plus de 450 victoires, dont 180 en 1ière Catégorie. Je suis battu. Un coureur comme lui mérite bien qu’un jour un maillot tricolore échoue sur ses épaules.
- Je pense que sur ma valeur et sans mon handicap de santé je devais finir avec lui. Et puis, dans le mur d’arrivée, au coude à coude , que se serait-il passé ? Inutile de gamberger à ce sujet, c’est lui le Champion de France Master et point barre ! Je me contenterai du bronze qui manquait à ma collection aux Championnats de France : 3 médailles d’or, 1 d’argent et maintenant une de bronze.
- Un autre beau vainqueur à cette journée : Denis BOISSIERE l’organisateur, qui a su ressusciter l’an dernier ces Championnats de France Masters, lesquels ont été une véritable réussite cette année. Ils sont remis sur rail pour un bail maintenant. Plusieurs candidats organisateurs sont déjà sur les rangs pour l’an prochain ! Le Cyclisme a vraiment besoin de bonhommes Promoteurs comme lui, qui lancent des projets audacieux pour toujours parvenir à les réaliser.
* après la course, André FOSSE me rappela qu’à un Championnat de France Elite à CHIROUBLES dans le Beaujolais (il y a très longtemps), on a percé en début de course, à peu près en même temps, et qu’on s’est payé une chasse en duo pendant plusieurs dizaines de Kms sans jamais pouvoir réintégrer le peloton. En fait, on revenait à chaque tour au cul du peloton au pied de la bosse et on reculait aussitôt pour se remettre en chasse peu après. On a finit par abandonner, après peut être 1h et demi de ce régime. « Tu t’en rappelles ? » m’a-t-il dit. Putain et comment. J’avais percé avec un super boyau neuf, un Clément Seta Vert des grandes occasions.